Le syndicalisme prend-il un virage réformiste?

Le syndicalisme prend-il un virage réformiste?

Manifestation dans le secteur des transports à Paris le 8 février (Philippe Wojazer/Reuters)

Il y a d'abord eu la décision, prise par Bernard Thibault (CGT), d'accepter de négocier la fin des régimes spéciaux des cheminots; puis, ces derniers jours, la signature, par quatre syndicats, d'un accord sur la "modernisation du contrat de travail". Est-on en train de vivre un virage du syndicalisme français, vers une approche moins contestataire, plus "négociatrice"? L'historien du syndicalisme René Mouriaux ne le croit pas.

Selon lui, l'accord trouvé avec quatre syndicats sur la réforme du Code du travail n'est pas aussi "révolutionnaire" qu'il n'y paraît. Les grandes normes du code du travail ont déjà été assouplies par le passé: "C'est un pas supplémentaire, pas une nouveauté radicale", dit-il. L'idée d'avoir un contrat de travail unique a été abandonné... Pour l'historien, l'approche sociale de Nicolas Sarkozy s'inscrit, elle aussi dans la continuité d'un mouvement engagé depuis des années:

 

 

 

Mouriaux conteste également l'idée selon laquelle les syndicats auraient tous radicalement changé pour courir tous après un positionnement réformiste. La CFDT s'est réformée en 1978, et il n'y a aucun changement. Il existe chez FO une tradition négociatrice et même l'ancien secrétaire général Marc Blondel aurait, selon lui, signé l'accord. Simplement, Blondel aurait probablement d'abord affiché sa "vigueur contestatrice":

 

 

 

 

Enfin, selon René Mouriaux, le recentrage de la CGT ne doit pas être exagéré. Après la rupture du programme commun jusqu'en 1992, la CGT ne signait plus d'accords. Elle a alors acquis une image de syndicat contestataire, mais dès l'arrivée de Louis Viannet, elle a renoué avec sa tradition, celle qui consiste à "engranger" des progrès sociaux: "La CGT a toujours considéré que pour être attirant, un syndicat doit obtenir des résultats."

Peut-être Bernard Thibault ira-il plus loin dans le recentrage? René Mouriaux ne l'exclut pas. Mais selon lui, il serait hâtif de le déduire du fait qu'il ait accepté de négocier la fin des régimes spéciaux de retraites pour les cheminots. Simplement, juge-t-il, le rapport de force n'était pas favorable.

Alors, ce qui a changé? La vrai nouveauté, c'est la conjoncture politique, affirme René Mouriaux. "Il n'y a plus d'opposition politique", "le Parti socialiste est aphone" et cela a un impact sur le comportement des syndicats: les jeunes ne se pressent pas aux portes des organisations. La mobilisation du CPE (Contrat première embauche) n'a pas été accompagnée d'une progression de la syndicalisation, ni chez les étudiants, ni chez les jeunes salariés. Et le problème n'est pas propre à la France:

Autre explication, plus prosaïque, avancée par René Mouriaux pour expliquer la signature de l'accord sur le contrat de travail: les petites organisations ont voulu montrer patte blanche pour être mieux traitées, à l'occasion de la réforme à venir de la représentativité des syndicats: