Y EN A MARRE DU COLONIALISME SYNDICAL !

Publié le par HIRSCH

Y EN A MARRE DU COLONIALISME SYNDICAL !

Ayant pensé consacrer ce numéro à la « question syndicale» par rapport aux luttes des travailleurs sans-papiers, le Journal de la Bourse du travail occupée a demandé l'avis de Sissoko, coordinateur de la CSP 75. Ses paroles dressent en quelque sorte un bilan de la question, très révélateur de la façon dont celle-ci a été vécue, et l'est aujourd'hui, par les collectifs de sans-papiers réunis dans la coordination parisienne. Tout naturellement son bilan tend à s'ouvrir sur de nouvelles perspectives d'action.

« Les collectifs de la coordination actuelle ont été depuis Saint-Bernard, depuis douze ans, très impliqués à côté des syndicats, et notamment à côté de la CGT parisienne. Je ne parle pas seulement des luttes des sans-papiers, mais encore plus de celles des travailleurs français. Nous y avons souvent été les seuls présents, en tant que travailleurs sans-papiers, affichés au devant de la scène pour faire voir que la CGT était active aussi parmi les sans-papiers.

« Je n'évoquerai qu'un exemple de notre implication constante, un exemple assez récent et qui concerne la lutte des sans-papiers. Je l'évoque parce qu'il a défrayé la chronique, tout le monde en a entendu parler. C'est la lutte des sans-papiers de Cachan. Elle est devenue le fleuron de certains syndicats et associations, mais c'est la coordination 75 qui a été à son origine, qui a fait le travail d'organisation et a fourni tout au long l'essentiel des forces.

« Il s'est trouvé que des sans-papiers de Cachan inorganisés et n'ayant aucune expérience de lutte sont venus s'inscrire chez nous. Nous leur avons proposé la lutte et ses formes, c'est nous qui avons toujours avancé les propositions, au fur et à mesure, et les possibilités de solutions. Il est à noter qu'à Cachan on a abouti à la régularisation de la plupart des sans-papiers, y compris ceux qui étaient venus chez nous, mais cette lutte n'a pas eu d'autres retombées, en fait de régularisations, pour les sans-papiers de la coordination. »

Finalement le mouvement actuel de grèves a commencé. La coordination 75, comme par le passé, a été présente dans toutes les phases initiales, à partir de l'occupation du restaurant « La Grande Armée » dans le 16ème arrondissement,

au mois de février. Elle a été présente à la mi-avril, lorsque la première « vague » de grèves de travailleurs sans-papiers dans les entreprises a été lancée par la

CGT. Alors, c'est comme par un réflexe que ces travailleurs sans-papiers isolés ont posé cette question : « Et nous ? Nous sommes donc les laissés pour compte, toujours ? »

« Si après tant d'années passées à côté et dans le syndicat… moi-même j'ai la carte de la CGT depuis de nombreuses années, et de même beaucoup de nos adhérents… si après tant d'années, il faut que je dresse un bilan, eh bien, je le dirai très négatif. Nous, on a toujours participé, on a fait tant d'efforts, dépensé

tant d'énergies, mais au bout du compte, qu'est-ce qu'on a ? On n'a rien. Y en a marre de ce colonialisme syndical !

« Après ce qui s'est passé au mois d'avril [sur les circonstances qui ont porté à l'occupation de la Bourse du travail le 2 mai dernier, voir le numéro 1 du Journal], les sans-papiers de la coordination 75 se sentent comme s'ils avaient été sans cesse exploités, et sans jamais rien en retour. Ici en France, aujourd'hui, et cela par le syndicat, par ceux que nous croyions nos amis, c'est comme en Afrique au temps du colonialisme, c'est comme ce que nous ont raconté nos parents. »

 

VERS UN SYNDICAT DE SANS-PAPIERS ?

 

Sissoko a toutefois une conscience pratique des forces présentes sur le terrain : celui de la lutte qui l'intéresse, la régularisation des sans-papiers. Et non seulement des sans-papiers de la coordination 75. Son regard voit plus loin, dans une optique plus large, celle de la région parisienne pour commencer, et, en perspective, de toute la France. Aussi il est conscient du rôle que malgré

tout peut et devrait jouer l'organisation syndicale. « La leçon de notre expérience est que les sans-papiers doivent se poser aujourd'hui une question nouvelle. Est-ce qu'ils doivent continuer comme ça, dans cette dépendance des syndicats ? Ou bien est-ce qu'ils doivent s'organiser d'eux-mêmes, apprendre à être autonomes, même du point de vue syndical ? Voilà pour la question. Mais, pour la réponse, je ne l'ai pas encore bien mûrie. C'est peut-être que je continue à avoir un espoir.

Désormais peu ou pas justifié, me font remarquer certains de mes camarades. L'espoir que nos anciens amis cégétistes comprennent leur erreur, qu'ils modifient leur conduite envers nous. Mais si ce n'est pas le cas, s'ils continuent dans la même voie, alors le moment serait vraiment venu de penser à la possibilité d'un courant syndical ou d'un syndicat de sans-papiers. Cette réflexion est en cours parmi nous, et même avec d'autres à l'extérieur de la coordination. L'idée pourrait s'accélérer, commencer à prendre corps. Il y en a qui ont évoqué les élections professionnelles, les prud'homales. Pour commencer, nous pourrions lancer un appel à tous les anciens sans-papiers, à tous les sans-papiers de France : abstenez-vous ! Ou bien : votez pour un autre syndicat, votez pour SUD, pour la CNT ! … Cet appel serait beaucoup plus fort s'il était doublé ou anticipé par un appel à la constitution d'un syndicat de sans-papiers. »


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