La CGT alliée de l'Etat pour empêcher les regularisations ?

Publié le par HIRSCH

Communiqué de presse de la coordination 75, 18 septembre 2008

Y a-t-il un accord entre une partie de la direction de la CGT et la
préfecture pour empêcher les régularisations des 1300 sans-papiers de la
Bourse du travail ?

Deux faits bizarres se sont produits ces derniers jours.

• 1. Les 12, 13 et 14 septembre, les travailleurs sans-papiers isolés qui
occupent la Bourse du travail de Paris depuis 4 mois et demi étaient
invités à partager le stand de la Bolivie à la fête de l’Humanité. C’était
là, de la part de ce pays d’Amérique Latine, un geste de solidarité avec
nos justes revendications de régularisation, en tant que ressortissants
des pays du tiers-monde travaillant en France depuis des années, et un
signe concret d’opposition à cette « directive européenne de la honte »
denoncée il y a quelques mois par Evo Morales, président de la Bolivie.
Dans l’après-midi de vendredi 12, une douzaine d’« armoires à glace » du
service d’ordre de la CGT (assurant le « service de sécurité » de la fête,
ont-ils déclaré à la responsable du stand) ont tout à coup encerclé les
quatre représentants de la coordination 75 qui étaient présents. Ils ont
déchiré les tracts et jeté par terre les cartes postales de l’occupation,
essayé de renverser la table de presse malgré l’opposition de nos
camarades, ils les ont empêchés par la contrainte physique, accompagnée de
menaces verbales, de filmer la scène. Ils ont dit à nos camarades qu’ils
allaient occuper le stand en réplique à notre occupation de la Bourse du
travail ; ils leur ont hautement proclamé que, de ce fait, les
sans-papiers de la coordination 75 « n’obtiendraient rien » en matière de
régularisations.
Ce n’est qu’après toute une série d’appels téléphoniques avec le
responsable de l’UD-CGT de Paris présent sur les lieux, que la douzaine de
« cégétistes » ont quitté le stand, et ce n’est qu’après l’alerte lancée
par la coordination 75 (voir sur le site du Quotidien des sans-papiers)
d’éventuellement déplacer à la fête de l’Humanité notre manifestation
parisienne du lendemain, que l’assurance nous a été donnée que « tout
était désormais rentré dans l’ordre ».

• 2. Le 16 septembre, cinq de nos camarades étaient convoqués au neuvième
bureau de la préfecture de Paris pour leur régularisation dans le cadre
des accords pris avec cette préfecture par la délégation
intersyndicale-coordination 75 à la suite de l’occupation de la Bourse du
travail. C’étaient là les premières convocations faites sur la base, nous
avait-on assuré, de dossiers « ne présentant aucun problème ».
Incompréhensiblement, au guichet, toutes les convocations ont été
reportées de plus d’un mois (au 20 et 21 octobre) par de nouvelles
convocations communiquant de se représenter avec des documents déjà versés
aux dossiers, pour des dossiers déjà reconnus complets par la préfecture.
Malgré nos insistances réitérées auprès de différents bureaux et
responsables, aucune justification plausible ne nous a été fournie de cet
étrange comportement de la préfecture, en contraste avec tous les accords
précédents. C’est à ce moment, cherchant une explication à l’inexplicable,
que nous avons commencé à nous poser cette question : fallait-il voir là
une conséquence de cet avertissement que nous avaient donné le vendredi
précédent les membres du service d’ordre la CGT, à savoir que les
sans-papiers de la coordination 75 « n’obtiendraient rien » en matière de
régularisations ?

La réponse à cette question n’a pas tardé à venir. Elle nous a été faite
dès le lendemain (hier, mercredi 17 septembre) par le responsable de
l’UD-CGT de Paris.
C’est hier matin qu’a débuté, appuyée par la CGT, l’occupation du
restaurant « La Tour d’Argent » dans le 5ème arrondissement de Paris par
cinq travailleurs sans-papiers qui demandent leur régularisation. Une
délégation de la coordination 75 s’est rendue sur les lieux, comme nous
faisons habituellement dans de pareils cas. L’accès au restaurant occupé
nous a été refusé. Voici ce qui a été déclaré à notre délégation par le
responsable de l’UD-CGT :
« Vous vous êtes trompés de cible, on fera tout pour bloquer vos dossiers,
j’ai eu ce matin au téléphone le directeur [de la préfecture de police de
Paris], tant que vous serez à la Bourse du travail vous n’aurez pas de
régularisations. »
Nous posons donc à ce directeur, aux pouvoirs publics, et en même temps
aux syndiqués de base cégétistes, cette simple question : est-ce donc que
la CGT est devenue l’État français, est-ce donc la CGT qui décide les
régularisations des sans-papiers ?

La coordination 75 réaffirme sa volonté de continuer sa juste lutte
jusqu’au bout. Nous ne quitterons pas la Bourse du travail – la maison de
tous les travailleurs, donc aussi notre maison – jusqu’à la régularisation
de tous nos inscrits sans-papiers.
Demain, vendredi 19 septembre, nous appelons à une manifestation à 14
heures, au départ de la Bourse du Travail, 85 rue Charlot, métro
République, vers l’île de la Cité. Et, le soir, à une veillée, à partir de
20 heures, près de la Bourse, à l’occasion de l’inauguration, dans cette
même rue, de la sur-médiatisée « Star Academy ».

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