«Si tu plantes un arbre, il faut l’arroser : on a déposé les dossiers, il faut manifester» Libération 31/07/2008

Publié le par HIRSCH

«Si tu plantes un arbre, il faut l’arroser : on a déposé les dossiers, il faut manifester»
Travailleurs sans papiers.
AMÉLIA BLANCHOT
QUOTIDIEN : jeudi 31 juillet 2008
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Ils étaient presque tombés aux oubliettes. Pourtant, cela fait déjà trois mois que des travailleurs sans papiers occupent la Bourse du travail, rue Charlot (IIIe arrondissement de Paris), luttant pour leur régularisation. Regroupés au sein de la Coordination 75, leur situation est en passe d’évoluer. Le 15 juillet, ils ont déposé 597 dossiers à la préfecture et sont en attente des convocations. Hier, histoire de rafraîchir les mémoires, les occupants ont défilé dans Paris. «Si tu plantes un arbre, il faut l’arroser. On a déposé les dossiers, maintenant, il faut manifester», ironise Asse, l’un des occupants. Ils sont environ 600 à vivre dans les locaux, nuit et jour pour certains.

 
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De prime abord, l’endroit peut paraître sympathique. Dans la cour, des petits cercles se forment. Des personnes discutent, rigolent, débattent. A leurs côtés, de sommaires matelas sont abrités par des bâches, loin de filtrer la pluie. Au milieu de ce décor, des femmes en boubous africains versent du riz dans d’imposants récipients. «Nous n’achetons plus d’assiettes, ni de couverts, on mange à l’africaine, avec les mains», explique Mankama, mauritanien de 33 ans. Les conditions de vie sont drastiques, un repas par jour, pas de douche et seulement quelques toilettes.

Carton. A l’intérieur des bâtiments, c’est l’entassement. La plus grande pièce est emplie de matelas, une autre est réservée aux femmes et aux enfants. Dans les escaliers, chaque palier fait office de lieu de prière, sur un mince bout de carton. D’autres dorment à trois entre deux portes, comme Mankama. Arrivé en France il y a six ans, il travaille à plein-temps dans une entreprise de nettoyage, avec les papiers de son frère, qui a la nationalité française. Si sa supercherie est débusquée, Mankama sera au chômage. Peu importe, il garde le sourire et affiche la même détermination que tous les autres : «Je me battrai jusqu’au bout de mes forces.»

Les années de galère ne découragent pas, obtenir des papiers reste prédominant. Ces travailleurs sont installés à la Bourse du travail, le fief des syndicats, depuis le 2 mai. Cette initiative serait due à une discorde avec la CGT. Au départ, la Coordination 75 menait le combat de front avec le syndicat. Puis le collectif n’aurait «pas été informé par la CGT d’un dépôt de dossiers à la préfecture», affirme Dramé, l’un des porte-parole. Se sentant trahis, les travailleurs isolés se sont alors rassemblés rue Charlot. Raymond Chauveau, secrétaire général de l’UL-CGT Massy (Essonne), a une autre explication : «Ils n’ont pas accepté le postulat de départ, ne trouvant pas logique de soutenir uniquement les travailleurs», et non pas tous les sans-papiers.

«Jurisprudence». Aujourd’hui, la situation s’est un peu apaisée. Si la CGT a apporté son aide pour les dépôts de dossiers, elle souhaite que les occupants quittent les lieux. «C’est une entrave au bon fonctionnement des organisations syndicales. Et puis, ils gênent qui ?» s’interroge le syndicaliste. Mais pour la Coordination 75, hors de question de partir avant l’obtention des régularisations.

Du côté des autres travailleurs sans papiers soutenus par la CGT, 750 ont été régularisés sur les 1 500 dossiers déposés. Il reste entre 300 et 400 salariés encore en grève, certains depuis avril. «Mais c’est parce que leurs dossiers n’ont pas encore été examinés», note Raymond Chauveau. Pour lui, la victoire se situe surtout dans cette «jurisprudence où il devient possible d’obtenir la régularisation par le travail. L’objectif est que les choses se passent sans avoir à planter le drapeau systématiquement».

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