3 mois après : le point sur le mouvement par F.RIOU

Publié le par HIRSCH

3 mois après : le point sur le mouvement.


Les différentes luttes, les différents évènements dont nous avons
connaissance ces derniers jours montrent que se poursuit courageusement la
lutte des sans papiers, en grève pour la régularisation de leur situation
administrative (comme on dit officiellement). De nouveaux sites s'ouvrent
eux aussi sur de nouvelles grèves. Nous saluons la lutte courageuse de ces
hommes et de ces femmes qui veulent continuer à vivre et travailler en
France, la tête haute, sans la peur incessante des contrôles, des
arrestations. Cette lutte est difficile et, si les sans papiers gardent
courage malgré la longueur du conflit, grâce notamment à la solidarité qui
les unit, on sent bien qu'on n'est plus dans l'effervescence, la joie
glorieuse des premiers jours, car les régularisations tardent... Les titres
de séjours sont donnés au compte goutte : ainsi, sur Paris, sur 498 dossiers
déposés et pris en compte par cette même préfecture, au 9 juillet, il n'y a
que 163 régularisations... Ce résultat reste bien maigre, compte tenu de
l'ampleur du phénomène, de la médiatisation réalisée, notamment au début,
par la CGT... compte tenu aussi des moyens utilisés. Mais les moyens
sont-ils les mêmes aujourd'hui ? La même volonté unit-elle toujours tous les
acteurs de cette lutte ?

La confédération (CGT) a sorti un quatre pages : une bonne nouvelle ou une
simple opération de communication ? Car, dans le même temps, un communiqué
de l'Ud CGT 75 du 9 juillet est sorti, très peu diffusé, quasiment
confidentiel. On peut chercher : il est à peu près introuvable et il n'a pas
du tout circulé.. Alors que nous sommes abreuvés de communiqués, établis
par cette même UD, répétés, concernant l'évolution "favorable" du conflit à
la bourse du travail..

Et si nous lisons le 4 pages de la confédé et le communiqué de l'UD DE
PARIS, nous constatons qu'il ne s'y dit pas les mêmes choses... d'où notre
inquiétude. On nous dit, concernant le bulletin confédéral : "ce bulletin a
pour ambition de faire connaître en temps réel les luttes et les succès"
.... Et, dès le début du texte, on peut lire "518 régularisations par le
travail acquises à fin juin en région parisienne" .. Où sont elles, ces
régularisations ? pas à Paris, puisqu'il n'y en a que 163 au 1er juillet
(d'après le communiqué de l'UD). Les éléments chiffrés sont souvent
invérifiables, puisque la CGT centralise les informations au niveau
confédéral et qu'elle est seule à les faire circuler. Ce phénomène ne va pas
se clarifier puisque nous pouvons lire aussi, dans le compte rendu
confidentiel de l'UD : "La Confédération a récupéré la totalité des contacts
qui correspondent aux dossiers déposés par la CGT. Elle a entrepris
d¹appeler les salariés un par un afin de faire le point sur l¹état de chaque
dossier (convocation, documents reçus ou pas, etc.)"

Depuis le mois d'avril, on a pu constater que la CGT récupérait tout le
mouvement, sans beaucoup d'égard pour tous ses partenaires : que ce soient
ceux qui avaient travaillé sur le 4 pages paru fin janvier 2008 : "SANS
PAPIERS, SYNDIQUEZ VOUS" , tels Sud, Solidaires, CNT, Mrap, Gisti, Ldh ...ou
que ce soient ceux qu'elle a choisis après, notamment "Droits Devant !!"
qui, au fil des semaines, est mis devant le fait accompli (les rencontres
chez Hortefeux ou des rendez-vous dans certaines préfectures) et bien
souvent laissé de côté, malgré le travail extraordinaire accompli par tous
ses militants. Il semblerait même que Raymond Chauveau, qui a pourtant "bien
servi" soit mis à l'écart de toute activité confédérale, désormais...

Nous sommes en mesure, malgré cette volonté de "verrouillage" de constater
qu'il y a volonté de ne pas tout dire. Ainsi, les malheureux sans papiers de
chez CASTRO, rue Mademoiselle dans le 15ème arrondissement : quelques
camarades de la CGT s'y sont rendus les premiers temps et ont constaté de
nombreuses exactions commises par le patron, avec l'aide de ses fils,
d'autres commerçants du quartier, et des nervis arrivés d'on ne sait où ..
La direction de la CGT parisienne a été alertée à plusieurs reprises au
sujet de ces voies de fait, sans pour autant prendre les mesures qui
s'imposaient : il est quasiment impossible d'avoir un membre du bureau de
l'UD au téléphone, dans la journée et encore plus dès 8 heures du soir. Il y
a quelques jours, les sans papiers de chez Castro ont été sauvagement
agressés par des nervis, en pleine nuit, avec un seul militant présent. Il a
fallu en conduire trois à l'hôpital. l'Ud CGT a décidé de faire un
rassemblement (mais là aussi, l'appel est resté très confidentiel) ... De
très belles déclarations ont été faites par les militants présents, les
dirigeants présents... Les sans papiers ont demandé "ne nous laissez pas
seuls la nuit car nous sommes très inquiets" . On a demandé à la police de
faire des rondes et chacun est reparti chez soi... Nous sommes allés les
voir le lendemain, avec des copines de Droit Devant et des Sans papiers de
Breteuil : deux militants étaient à leurs côtés... dont une femme qui nous a
dit qu'elle ne se sentait pas de se retrouver face à des nervis entraînés,
habitués à se battre...

Dans le restaurant de la place Breteuil, la lutte se poursuit comme
ailleurs, mais comme nous y sommes en soutien, nous pouvons dire que les
chiffres donnés par la CGT sont faux : il y a 27 dossiers déposés (et pas
8), dont 9 en Seine Saint denis, 5 cartes de séjour ont été délivrées sur
Paris. D'autres convocations sont en cours. A l'heure actuelle, compte tenu
du nombre de plus en plus important de documents exigés par la Préfecture de
Paris, on sait déjà qu'il y aura 4 ou 5 refus. Quant aux dossiers envoyés en
Seine Saint Denis, il y a actuellement deux convocations sur les 9 dossiers.

Nous constatons que dans de nombreux sites parisiens, les militants de la
CGT sont encore présents, malgré les vacances qui allègent forcément le
potentiel des soutiens. La volonté de la confédération de ne pas lancer de
nouvelle vague n'est pas du goût de tous dans la CGT, et cela nous le
constatons sur Paris où existe une grande tradition de soutien aux sans
papiers.

La lutte peut encore s'amplifier, se développer, et provoquer une
généralisation du conflit des sans papiers, qui pourrait conduire à une
circulaire de régularisation. Cela semble possible, au-delà de la direction
de la CGT qui veut garder la main sur le mouvement, et, on a envie de dire,
la main sur le couvercle qui lui permettrait d'étouffer la lutte dès qu'elle
le voudra. Par exemple, à la rentrée, où l'ordre du jour sera de mobiliser
pour les Prud'hommes ...

Une lutte élargie, toujours possible si on le décide, permettrait également
de prendre en compte le dossier des "isolés" : ces sans papiers qui
travaillent seuls dans une petite boîte, ou qui sont seuls sans papiers dans
une entreprise avec d'autres salariés, pas prêts à se mettre en grève pour
eux ... Les "isolés" qui sont prêts à se battre ne peuvent pas le faire dans
leur entreprise : d'où la question posée par ceux qui occupent la bourse du
travail : comment trouver un lieu de lutte pour permettre à tous ces sans
papiers de revendiquer eux aussi, de dire qu'ils contribuent eux aussi à la
richesse du pays et qu'ils sont indispensables, y compris quand ils sont
payés au noir ...

Ce mouvement de lutte des sans papiers ne doit pas s'arrêter : il doit se
développer encore, gagner les différentes villes de France, afin d'arriver
au moment où le gouvernement sera contraint de régulariser. Tous ensemble,
tout est encore possible.. Françoise Riou
 

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